Salles complémentaires

Les Voix du Monde — la Bible en 10 langues

Une Bible n'a pas une langue : elle en a dix. Alphabets, mots-clés traduits, anecdotes — de l'hébreu de Ketef Hinnom au français d'Olivétan.

Avant-propos

La pierre qui a appris à lire

En 1799, une pierre noire est découverte dans le village de Rachid : un même décret gravé en trois écritures — hiéroglyphes, démotique, grec. En 1822, Champollion compare les trois voix, et le monde égyptien se remet à parler. C'est exactement la leçon de cette salle : en comparant les langues, on apprend à lire le passé.

Dix langues de la Bible, dans l'ordre de leur venue. Pour chacune : un échantillon d'écriture, « le mot qui voyage » (toujours traduit en français, comme le veut la règle du musée), une anecdote, et la galerie qui raconte le reste. Et pour finir, une phrase qui les traverse toutes : « In principio erat Verbum » — au commencement était la Parole.

Stèle de pierre sombre gravée de trois bandes d'écritures différentes

La pierre trilingue de Rosette (196 av. J.-C.) — trois écritures, un seul décret.

בְּרֵאשִׁית
א ב ג ד ה ו ז ח ט י כ ל מ נ ס ע פ צ ק ר ש ת
22 lettres · de droite à gauche
Voix I

L'hébreu — la langue des origines

≈ −1250 → aujourd'hui · Canaan, puis le monde entier
בְּרֵאשִׁית bereshit = « au commencement »

Résumé. L'alphabet de 22 lettres des premiers rouleaux, gravé déjà sur les amulettes d'argent de Ketef Hinnom. L'hébreu de la Bible est un hébreu consonantique : les voyelles ont été ajoutées au Moyen Âge par les massorètes de Tibériade. Quand le Tétragramme יהוה apparaît — près de 7 000 fois —, ce musée le traduit toujours Jéhovah.

Rouleau de Torah en parchemin couvert de calligraphie hébraïque, plume et encrier posés à côté
Galerie I — Les Origines
אַבָּא
א ב ג ד ה ו ז ח ט י כ ל מ נ ס ע פ צ ק ר ש ת
Même alphabet · une autre langue
Voix II

L'araméen — la langue de l'exil

Ve s. av. J.-C. → aujourd'hui · Mésopotamie, Levant
אַבָּא abba = « père »

Résumé. La langue internationale de l'Empire perse, celle de l'exil à Babylone — dont le cylindre de Cyrus ouvre la porte. Une partie du livre de Daniel et le livre d'Esdras sont écrits en araméen ; les Targums en sont les traductions. C'est encore en araméen que les Évangiles font parler Jésus : « Eloi, Eloi, lema sabachtani » (Marc 15:34).

Galerie IX — Les Preuves
λόγος
Α Β Γ Δ Ε Ζ Η Θ Ι Κ Λ Μ Ν Ξ Ο Π Ρ Σ Τ Υ Φ Χ Ψ Ω
24 lettres · la koinè de l'Empire
Voix III

Le grec — la langue commune

≈ −250 · Ier s. · Alexandrie, Méditerranée
λόγος logos = « parole, verbe, raison »

Résumé. La Septante naît vers −250 ; le Nouveau Testament écrit dans la koinè, la langue commune de l'Empire. Jean 1:1 ouvre l'Évangile par le mot le plus vaste du grec : « En arkhē ēn ho Logos » — « Au commencement était la Parole ». Les papyrus P52, P46 et les grands codex en portent l'écriture majuscule, l'onciale.

Macro d'écriture grecque onciale sur vélin teinté pourpre, encre brun-or
Galerie IV — Les Codex Grecs
verbum
A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T V X Y Z
L'alphabet que vous lisez en ce moment
Voix IV

Le latin — la voix de l'Occident

392-405 · Bethléem, Rome · mille ans d'empire du texte
verbum verbum = « la parole » — le nom de ce musée

Résumé. Jérôme traduit la Bible à partir de l'hébreu original — révolution critique : la Vulgate. Une traduction fait l'objet d'un procès en hérésie ; ce sera la nôtre. Mille ans plus tard, Gutenberg la frappe de plomb. Et de Verbum vient le nom de ce musée : VERBUM.

Moine copiant un manuscrit dans un scriptorium
Galerie VII — Les Traductions
ܦܫܝܛܐ
ܐ ܒ ܓ ܕ ܗ ܘ ܙ ܚ ܛ ܝ ܟ ܠ ܡ ܢ ܣ ܥ ܦ ܨ ܩ ܪ ܫ ܬ
Peshiṭtâ = « la simple »
Voix V

Le syriaque — la fidélité orientale

IIe – Ve s. · Édesse, Antioche
ܦܫܝܛܐ peshiṭtâ = « la simple, la fidèle »

Résumé. La Peshitta, la Bible syriaque, se fixe autour du Ve siècle dans le courant d'Édesse — proche de l'hébreu et du grec, avec ses manuscrits de garde en cuir marron. L'une des versions les plus exactes de la tradition orientale, sœur de la langue parlée autour de la mer Morte.

Galerie VII — Les Traductions
Ի սկզբանէ
Ա Բ Գ Դ Ե Զ Է Ը Թ Ժ Ի Լ Խ Ծ Կ Հ Ձ Ղ Ճ Մ Յ Ն
36 lettres à l'origine · créées pour la Bible
Voix VI

L'arménien — la reine des traductions

405 · Echmiadzin
Ի սկզբանէ i skizbanē = « au commencement »

Résumé. Pour traduire les Écritures, Mesrop Mashtots invente un alphabet : 36 lettres à l'origine. La Bible arménienne, surnommée la « reine des traductions » pour sa fidélité aux originaux grecs et syriaques, se lit encore à Echmiadzin — l'étape arménienne de la route des traductions.

La route des traductions
መጽሐፍ
ሀ ለ ሐ መ ሠ ረ ሰ ሸ ቀ በ ተ ቸ ኀ ነ ኘ አ ከ
Guèze · l'alphabet éthiopien
Voix VII

Le guèze — la Bible qui chante

IVe s. · Axoum, Éthiopie
መጽሐፍ mets'haf = « livre »

Résumé. La Bible éthiopienne est la seule à compter le livre d'Hénoch dans son canon — un apocryphe partout ailleurs, un Écrit à Axoum. Le canon éthiopien compte jusqu'à 81 livres, plus que tout autre. Et les psaumes s'y chantent, en procession — la Bible la plus musicale du monde.

Galerie VI — Les Apocryphes
Aivaggeliu
𐌰 𐌱 𐌲 𐌳 𐌴 𐌵 𐌶 𐌷 𐌸 𐌹 𐌺 𐌻 𐌼 𐌽
Alphabet gothique · d'après le grec
Voix VIII

Le gothique — la Bible d'argent

IVe s. · VIe s. · Uppsala
Aivaggeliu aivaggeliu = « l'Évangile, la bonne nouvelle »

Résumé. Wulfila, évêque du IVe siècle, crée un alphabet pour les Goths — d'après le grec — et traduit la Bible entière. Le plus beau témoin : la Bible d'argent (Codex Argenteus, VIe s.), 188 feuillets de vélin pourpre à l'encre d'argent et d'or, conservés à l'université d'Uppsala. Le cousin suédois des rouleaux d'argent de Ketef Hinnom : deux fois le métal précieux au service du texte.

Codex ouvert sur vélin pourpre, lettres d'argent et d'or scintillantes
Galerie VII — Les Traductions
слово
А Б В Г Д Е Ж З И І К Л М Н О П Р С Т У Ф Х
Glagolitique puis cyrillique
Voix IX

Le slavon — la parole des Slaves

863 · Moravie, puis tout l'Est
слово slovo = « la parole »

Résumé. Les frères Cyrille et Méthode partent pour la Moravie en 863 et inventent l'alphabet glagolitique pour traduire les Écritures. De là naîtra le cyrillique — du russe au bulgare. L'étape morave de la route des traductions : un peuple de plus qui a voulu lire le texte dans la sienne.

La route des traductions
Au commencement…
a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z
1535 · Olivétan · 1880 · Segond
Voix X

Le français — notre voix

1535 · 1880 · la Bible française
Au commencement Genèse 1:1 — la phrase qui commence tout

Résumé. En 1535, Olivétan publie la première Bible française complète, traduite à partir des langues originales — pas du latin. La Segond (1880) fixe le français biblique moderne. Toutes les traductions de ce musée suivent cette exigence : retour aux sources, avec le Tétragramme rendu Jéhovah. Et la phrase qui traverse les dix voix s'achève ici : « In principio erat Verbum » — au commencement était la Parole.

Bible française imprimée au XVIe siècle ouverte sur une table de chêne, initiales peintes à la main
Galerie VII — Les Traductions
Écouter la salle

Les Voix du Monde — cinq narrations