Galerie IV

Les Grands Codex Grecs

Du papyrus de la taille d'une carte de crédit au géant de quatre cents feuillets : les témoins grecs qui portent le Nouveau Testament — leurs textes, leurs voyages, leurs secrets — de l'Égypte romaine aux bibliothèques du monde entier.

IIe – Ve siècle ap. J.-C. Canonique — Nouveau Testament Manchester · Genève · Vatican · Sinaï · Londres · Oxford
≈ 125–150 ap. J.-C. · Manchester

Papyrus P52 — le plus ancien fragment du Nouveau Testament

Document
Fragment de papyrus
Taille
≈ 6 × 9 cm
Contenu
Jean 18:31-33 · 37-38
Conservation
John Rylands Library, Manchester

Acquis en Égypte vers 1920 avec une collection de papyrus, ce minuscule fragment — de la taille d'une carte de crédit — est aujourd'hui l'un des documents les plus précieux du monde. Son recto et son verso portent quelques mots grecs tracés à l'encre brune : des versets du chapitre 18 de l'Évangile de Jean.

Daté de 125–150 ap. J.-C., il démontre que le quatrième Évangile circulait en Égypte — à des centaines de kilomètres de son lieu de rédaction — dès le début du IIe siècle, confirmant sa composition à la fin du Ier siècle (≈ 90-100). La thèse d'un Évangile de Jean « tardif » ne tient plus devant le papyrus.

Canonique — Nouveau Testament Plus ancien témoin du NT
Le fragment P52 sous vitrine de conservation

Le papyrus P52, recto et verso, monté entre deux plaques de verre — John Rylands Library.

Texte intégral du fragment — Jean 18:31-33 (recto) & 18:37-38 (verso)
[…] οἱ Ἰουδαῖοι· Ἡμῖν οὐκ ἔξεστιν ἀποκτεῖναι οὐδένα·
[…] εἶπεν αὐτῷ ὁ Πιλᾶτος· Οὐκοῦν βασιλεὺς εἶ σύ; […]
Recto — « …les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort… »

Verso — « …Pilate lui dit : Tu es donc roi ? … » Jean 18:31, 37 — passage attesté par le papyrus P52
Contexte intégral. Le recto correspond au moment où les autorités religieuses refusent de prononcer la peine de mort (Jean 18:31) ; le verso, à l'interrogation de Pilate : « Tu es donc roi ? » (Jean 18:37-38), à quoi Jésus répond : « Ma royauté n'est pas de ce monde. » Chaque lettre grecque survivante a été conservée dans la mesure où le fragment le permet — c'est le document le plus ancien du Nouveau Testament.
Écouter l'histoire

P52 — le plus petit fragment aux plus grandes conséquences

≈ 200 ap. J.-C. · Genève

Papyrus Bodmer II (P66) — l'Évangile de Jean presque complet

Document
Codex de papyrus
Datation
≈ 200 ap. J.-C.
Découverte
Égypte, 1952
Conservation
Fondation Bodmer, Genève

Découvert en 1952 en Égypte et conservé à la Fondation Bodmer de Genève, le P66 est l'un des plus anciens manuscrits quasi complets d'un livre du Nouveau Testament : l'Évangile de Jean, presque entier. Sa calligraphie soignée, ses corrections de scribe et ses marges montrent la valeur que l'on accordait déjà à ce texte vers l'an 200 — un siècle à peine après sa rédaction.

Canonique — Nouveau Testament
Première page du Papyrus Bodmer P66 avec les lettres grecques de l'incipit de Jean

L'incipit de l'Évangile de Jean sur papyrus — Fondation Bodmer, Genève.

Texte intégral — L'incipit de l'Évangile de Jean
Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ Λόγος, καὶ ὁ Λόγος ἦν πρὸς τὸν Θεόν,
καὶ Θεὸς ἦν ὁ Λόγος.
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. » Jean 1:1 — Papyrus Bodmer II (P66)
Datation débattue · Oxford

Les fragments de Matthieu (P64) — la controverse

À Oxford, la bibliothèque du Magdalen College conserve trois petits fragments de papyrus portant des versets de l'Évangile de Matthieu (dont 26:23). En 1994, le chercheur Carsten Peter Thiede propose une datation paléographique retentissante : les lettres, selon lui, appartiendraient aux années 40–60 ap. J.-C. — une copie faite du vivant même des apôtres.

La majorité des spécialistes reste prudente et date ces fragments de 150–200 ap. J.-C., selon les méthodes paléographiques courantes. Le musée présente les deux positions, avec leurs arguments — car la force d'une démonstration, c'est d'exposer aussi ses débats. Quelle que soit la datation retenue, Matthieu demeure l'un des documents les plus anciens et les plus attestés du Nouveau Testament.

Texte intégral — Matthieu 26:23, attesté par le Papyrus Magdalen
ὁ ἀποκριθεὶς αὐτῷ εἶπεν· Ὁ ἐμβάψας μετ' ἐμοῦ τὴν χεῖρα
ἐν τῷ τρυβλίῳ οὗτός με παραδώσει.
« Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est lui qui me livrera. » Matthieu 26:23 — Papyrus Magdalen (P64)
Hypothèse Thiede (1994)
≈ 40–60 ap. J.-C.
Datation courante
≈ 150–200 ap. J.-C.
Statut
Canonique — datation débattue
Fragments du Papyrus Magdalen portant des lettres grecques

Les fragments du Papyrus Magdalen, montés pour l'étude — Magdalen College, Oxford.

Les piliers du texte grec

Vaticanus, Sinaïticus, Alexandrinus — et la Bible éthiopienne

Le Codex Vaticanus exposé dans la bibliothèque vaticane
≈ 300–325 · Vatican

Codex Vaticanus

Canonique

Conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane depuis le XVe siècle, il contient la quasi-totalité de la Septante et du Nouveau Testament. Avec le Sinaïticus, il fonde la critique textuelle moderne.

Voir l'original — digi.vatlib.it

Feuillets du Codex Sinaïticus exposés dans une vitrine moderne
≈ 330–360 · Sinaï · Londres · Leipzig · Pétersbourg

Codex Sinaïticus

Canonique (NT & AT) Barnabé & Hermas inclus

Découvert par Constantin von Tischendorf en 1844 et 1859 au monastère Sainte-Catherine du Sinaï. Contient le Nouveau Testament complet — le plus ancien connu — et de grandes parties de la Septante. Il contient aussi l'Épître de Barnabé et le Pasteur d'Hermas — deux apocryphes, clairement distingués par le musée. 800 pages numérisées.

Voir l'original — codexsinaiticus.org

Le Codex Alexandrinus sous vitrine au musée
≈ 400–440 · Londres

Codex Alexandrinus

Canonique

L'un des plus grands et plus complets manuscrits de la Bible en grec, conservé à la British Library. Il contient la quasi-totalité de la Septante et du Nouveau Testament, avec des variations textuelles précieuses pour la critique moderne.

Manuscrits anciens de la tradition éthiopienne
≈ 330–350 · Éthiopie

La Bible éthiopienne

Canonique (canon éthiopien étendu)

Écrite en guèze, ancienne langue sémitique encore utilisée dans la liturgie éthiopienne, elle est considérée comme la plus ancienne Bible complète conservée. Son canon inclut des livres supplémentaires (Hénoch, Jubilés…) — que le musée signale comme apocryphes hors du canon hébraïque et de la majorité des Églises.

Écouter le récit

Les géants de la Bible grecque

Tischendorf examinant des pages anciennes au monastère Sainte-Catherine

Reconstitution : Tischendorf reconnaît les feuillets du IVe siècle — monastère Sainte-Catherine du Sinaï, 1844.

L'aventure du Sinaï

Tischendorf et les feuillets sauvés du feu

En 1844, le philologue Constantin von Tischendorf entre au monastère Sainte-Catherine, au pied de la montagne de Moïse. Dans une corbeille de parchemins destinés aux fours, il reconnaît les feuillets d'un codex grec du IVe siècle. Dix ans plus tard, on lui montre le manuscrit presque complet : 400 feuillets sur quatre colonnes, contenant le Nouveau Testament entier.

Le codex se divise aujourd'hui entre la British Library (Londres), l'université de Leipzig, la Bibliothèque nationale de Saint-Pétersbourg et le monastère Sainte-Catherine. Depuis 2009, ses 800 pages sont entièrement numérisées en accès libre.

Frise comparative

Les grands témoins du Nouveau Testament, dans l'ordre

≈ 125

P52 — Jean 18. Manchester. Le plus ancien fragment du NT.

≈ 200

P66 — Jean presque complet. Genève.

≈ 325

Vaticanus — Septante + NT quasi complet. Vatican.

≈ 350

Sinaïticus — NT complet + Barnabé & Hermas (apocryphes).

≈ 420

Alexandrinus — l'un des plus grands codex grecs. Londres.

≈ 550

Codex H — les Lettres de Paul. → Galerie V, actualité 2026.